L’îlot bruxellois
Comprendre l’îlot bruxellois passe d’abord par l’analyse historique de ce-
lui-ci.
A. Contexte historique
Les conséquences des plans partiels et des plans d’alignement
Il est utile, avant d’entrer dans l’approche historique de l’îlot, d’éta-
blir une dénition de ce qu’est l’îlot. « L’îlot procède d’un découpage et se présente
comme un ensemble de parcelles, délimité par des rues, isolé, il se caractérise par la
continuité de son enceinte externe et par l’opposition de ses façades (externe opposée à in-
terne). »
1
En évoquant plus précisément l’îlot urbain, Jean Castex, historien
de l’architecture, explique : « L’îlot un groupement de bâtiments organisés selon une
logique déterminée assurant à chaque espace un statut reconnu par la pratique. »
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Nous
parlerons souvent dans ce chapitre de la mutation de terres rurales, majo-
ritaires aux
XIX
ème
, en tissu urbain que nous connaissons aujourd’hui. Il est
important de préciser qu’un terrain agricole, même délimité par plusieurs
voiries, ne peut prétendre au titre d’îlot, puisqu’il n’est pas bâti.
Jusqu’à la n du
XVIII
ème
siècle, les implantations bâties au-delà de la pre-
mière couronne bruxelloise étaient peu réglementées. Les habitations et
les installations économiques (moulins, forges, etc.) s’implantaient le long
des chemins, en amont des champs agricoles ou dans des petits faubourgs
généralement matérialisés par un (ou plusieurs) carrefour(s) viaire(s). Ces
tracés anciens étaient bien souvent en corréaltion avec la topographie na-
turelle, et reliaient plus ou moins directement les bourgs ruraux aux diffé-
rentes portes de la capitale.
En 1807, un article de loi
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incombe la responsabilité aux Maires de dresser
les plans d’alignement de leur ville. Il est très vite suivi par le décret du
17 juillet 1808, spéciant les caractères premiers des plans d’alignement
communaux : ceux-ci ont pour but de régir la structure viaire de la ville
(ouvrir des rues, élargir les anciennes) ainsi que d’indiquer aux propriétaires
l’alignement particulier qu’ils doivent respecter en cas de (re)construction.
Les communes et faubourgs ont cependant longtemps négligé les tracés
rectilignes. Le pouvoir administratif (la Régence) a donc imposé en 1828,
1
A+ 130, La ville hétérogène,
transformation d’un îlot bruxellois,
1994, p. 55
2
J. Castex, J.Ch. Depaule, Ph.
Panerai, Formes urbaines : de l’îlot
à la barre, Paris, 1980, p.191
3
Loi du 16 septembre 1807
4
Règlement du 8 Avril 1828,
article 1er
1845 : Plan de l’extension au
quartier Léopold, KBR, CP
VDM IV 157
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10
V. Besme, Rapport sur l’année
1962, Préambule
11
V. Besme, Rapport inspecteur
voyer, Mém. P.B., p. 824
12
T.Paquot, L’art de bâtir les
Villes, 1889
9
Dans sa, Carte Topographique
des environs de Bruxelles, Eta-
blissement géographique de
Bruxelles
un règlement
4
qui impose leur approbation préalable quant – à l’application
des plans généraux.
C’est à partir des années 1830 que l’industrialisation commence à toucher
la Belgique. De par sa position avantageuse
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, Bruxelles
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voit bon nombre
de ses parcelles agricoles se reconvertir. La structuration des voies de com-
munication devient de plus en plus importante. Les liaisons entre le centre
historique et les communes alentours s’amplient.
De manière à améliorer le schéma globale de circulation, le gouvernement
nomme Charles Vanderstraeten au poste d’inspecteur des bâtisses dans les
faubourgs, « préposé à la surveillance (…) de l’exécution du plan général ou des plans
partiels d’alignement »
7
. L’objectif est d’harmoniser les plans des sept com-
munes (Anderlecht, Ixelles, Laeken, Molenbeek, Saint-Gilles, Saint-Josse,
Schaerbeek). Entre 1837 et 1845 une quarantaine d’arrêtés sont adoptés
pour régir l’ouverture de rues nouvelles.
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Le plan de C. Vanderstraeten, est
présenté en 1842. Il explicite les tracés viaires entre Bruxelles et ses bourgs
alentours. Il dénit aussi les premières relations entre les niveaux de rues,
les hauteurs de gabarits, et désigne les emplacements industriels et les équi-
pements collectifs.
C. Vanderstraeten esquisse une manière uniforme de découpe de l’îlot nou-
vellement dessiné.
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Il ne s’attarde pas à développer en détail différentes
typologies. Des secteurs sont alloués à l’habitat, d’autres à l’industrie, mais
le travail de l’urbaniste se porte principalement sur les grands tracés avec
comme contrainte principale la mise en valeur des équipements publics.
Les habitants des faubourgs n’approuvent pas le projet publié en 1845 et
les plans s’opposent aux volontés propres des communes. Les nouvelles
constructions économiques s’implantent donc jusqu’au milieu du XIX
ème
sur base des anciennes planches cadastrales agricoles. Les îlots en dehors
de la première couronne, formés avant 1850, sont souvent surdimension-
nés et abritent pour plusieurs années encore des activités agricoles en leur
sein. C. Vanderstraeten laisse cependant une grande liberté, aux proprié-
taires ainsi qu’aux communes, concernant le découpage et l’affectation in-
terne des futurs îlots. Après sa démission, C. Vanderstraeten est remplacé
par Victor Besme en 1858 au poste de commissaire voyer.
Victor Besme compte poursuivre le travail de Vanderstraeten. Il a cepen-
dant une approche urbanistique plus fonctionnelle. Ses quatre premières
années de recherche sont consacrées à la réalisation d’une carte de connais-
sance. Celle-ci recense les équipements, les habitations et les industries et
est complétée par un relevé topographique minutieux. V. Besme compte
structurer le paysage agricole et conserver les constructions existantes. «
(…), y faire les choses modestement et avec économie. »
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Par complémentarité aux travaux de son prédécesseur, V. Besme s’attarde
à dénir chaque quartier et esquisse les parcellaires associés. « Il convien-
drait de resserrer autant que possible dans un même territoire les industries incommo-
des ou insalubres (…). Ces zones pourraient être prises sur les communes de Molen-
beek-Saint-Jean, Cureghem et le bas-Ixelles. »
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Le dessin viaire devient donc
un outil pour orienter l’usage du sol. Le zonage est énoncé secteur par
secteur. Les îlots de grande profondeur facilitent l’implantation industrielle
(découpage parcellaire ample) ; Les îlots étroits sont destinés à l’habitat. La
conguration du plan d’alignement détermine désormais l’affectation du
quartier. V. Besme devance les questions de dimensionnement des rues et
des îlots.
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5
Le canal de Charleroi ouvre
en 1832, reliant les bassins
houillers et sidérurgiques au
sud, et Anvers au Nord (accès
à la mer)
6
De manière tacite, nous par-
lons ici de Bruxelles et de ses
faubourgs
7
Arrêté royal du 8 décembre
1837
8
Moniteur belge du 2 mai
1846, n° 122
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